La Race Across series regroupe plusieurs distances allant de 300 km jusqu’à 1000 km. C’est une épreuve où le chronomètre ne s’arrête jamais, c’est-à-dire que lorsque vous faites une pause
de quelques minutes ou alors lorsque vous prenez la décision d’aller vous reposer quelques heures, le chrono lui continue de tourner. Chaque concurrent décide de mettre la barre où il le souhaite, soit pour gagner la course soit pour terminer, ce qui est déjà une victoire.
J’ai décidé de me lancer sur le format 1000 km l’an dernier, lorsqu’en 2023 je m’élançais pour la distance 500 km je voyais les premiers coureurs du 1000 km arriver. Dès lors, je savais qu’en 2024 la distance reine serait la mienne. J’ai envie de découvrir de nouvelles routes et surtout de me mettre un défi. Cette année la liste de départ est très dense avec des cyclistes que je connais de loin par leurs résultats.
Le principe est simple : Parcourir 3 boucles de 504, 209 et 314 km avec à chaque fois un passage sur la base de vie, l’endroit où sont entreposés nos sacs et où l’on peut manger, boire, dormir, se doucher, se changer. Cette année la distance totale était donc de 1027 km.
Sur le parcours nous sommes en totale autonomie, aucune aide extérieure n’est autorisée. Nous n’avons également pas le droit de prendre la roue des autres concurrents pour s’économiser. Nous devons nous arrêter minimum 4h par tranche de 36h pour des raisons de sécurité sous peine de disqualification.


Mardi 23 avril
J’arrive sur la base de vie vers 14h, le départ étant à 21h, je suis large et je préfère rentrer doucement dans cette aventure en prenant soin de bien terminer de me préparer, finir de remplir mes sacoches, me changer et me reposer. Des membres de l’organisation Race Across sont là pour vérifier notre matériel et notre vélo car nous avons des éléments obligatoires à prendre avec nous tels que des vêtements chauds, 2 couvertures de survie, un minimum de réparation et un bivy (sac pour dormir en bivouac) entre autres.
16h : Je suis prêt et nerveux, j’ai hâte de commencer cette aventure à laquelle je pense depuis plusieurs semaines. Je n’ai pas fait beaucoup de grosse sortie de +6h mais je me sens prêt mentalement à affronter le froid et les 2 nuits et demi sur mon vélo. Je rentre petit à petit dans ma bulle, je regarde la météo pour voir ce que la nuit nous réserve. Je pense avoir fait tous les bons choix aussi bien en ravitaillement qu’en vêtement alors j’ai qu’une envie : Partir ! Je sens que la pression monte.
Il est 21h13 lorsque mon départ est donné, j’entre dans ma bulle pour affronter cette première nuit, je suis concentré sur la gestion de mon effort et surtout je profite de l’instant : Je suis sur la Race Across Paris 1000 km en pleine possession de mes moyens et c’est déjà génial. Je pars bien habillé avec un sous maillot thermique, un maillot court pour avoir des poches pour mettre des bars et gels énergétiques, gâteaux aux bananes, et mini sandwich. J’enfile une dernière couche assez fine qui m’isolera du vent froid annoncé et des quelques éventuelles averses.

KM 82 : La nuit est froide (entre 1 et 5 degrés) et il commence à pleuvoir sérieusement après plusieurs petites averses. Je décide de m’arrêter 30s pour mettre une couche supplémentaire contre la pluie et pour conserver de la chaleur. Puis arrive un évènement que tous les cyclistes
n’aiment pas : une crevaison. Des gouttes d’eau sont sur les verres de mes lunettes, je ne vois pas grand-chose dans les virages et sur les petites routes, je ressens dans une petite descente la jante taper la route. Première crevaison sur un ultra ! La route est pleine de terre et avec la pluie mon cuissard noir devient marron. Je m’arrête, 7 concurrents me doublent. Je n’aime pas ça, j’ai fait les efforts pour les doubler et ils repassent devant moi sans forcer, mais ça fait partie du jeu. Je change de chambre à air assez rapidement pour ne pas avoir froid et repars aussitôt, avec l’intention de rattraper mon retard.
Le vent est toujours assez fort, la progression jusqu’à la côte est lente mais je sors quand même les 200 premiers kilomètres à 25 km/h de moyenne.
KM 167 – 4h10 – Criel sur mer
La nuit me semble très longue, j’ai plusieurs fois des moments d’absences et mes yeux se ferment tout seuls. D’habitude, à cette heure-là je suis au fond de mon lit donc je sais que c’est normal de passer par ce genre de phase pas très agréable. C’est mon premier départ de nuit et je ne savais pas comment mon corps allait réagir mais je m’y attendais un peu. Je considère cela comme un petit coup de barre qui partira lorsque le jour se lèvera. Les côtes Normandes ne font pas de cadeau, le vent de côté est déjà fort avec des rafales à 50/60km/h, il faut rester vigilant. Après 190km de nuit j’aperçois la lueur du jour qui offre un beau spectacle avec vue sur la manche et les falaises, je suis à Dieppe.

KM 170 à 260 Fécamp : Le bord de manche est dur, le vent fort souffle de côté et les petites côtes raides commencent à s’enchainer. Ce passage est compliqué, je fais 100km en 5h car le vent n’est toujours pas favorable. J’utilise un discours interne positif pour me rebooster. Cette partie du parcours est à la fois difficile et plutôt agréable à rouler par le paysage qu’elle offre. Je me dis que lorsque j’arriverai à Fécamp je prendrai alors le vent favorable qui me poussera en direction de Rouen.

KM 275 Goderville 9h30
Je m’arrête pour la première fois dans une boulangerie dans laquelle je mange chaud et fais des provisions pour la suite. Je ne sais pas quoi prendre, j’ai envie de manger quelques choses de consistant et surtout facile à manger, je choisis un croque-monsieur et un beignet au nutella. Je remplis mes bidons et repars. Une pause de 6min qui me fait beaucoup de bien.
KM 350 – 12h40 – Rouen
L’enchainement des bosses est difficile, les forts pourcentages cassent vraiment le rythme. Les changements de braquet sont nombreux et les km défilent lentement. Je sais que Chantilly est en approche je me recentre alors sur ce que je suis en train de réaliser et surtout dans cette partie de la France que je ne connais pas et qui est vraiment sympa pour rouler. Je termine les 140 km en 5h40. Je n’ai pas beaucoup de souvenir entre Rouen et Chantilly… Seulement un arrêt boulangerie au KM 438 à Grivors.
KM 504 – 19h – Base de vie N°1
J’arrive sur la base de vie entamé, je ressens déjà bien la fatigue. Je mange du riz, je file sous la
douche chaude et je vais me reposer 45min sur un lit de camp mis à disposition par l’organisation. Tout s’enchaîne rapidement car je me dis que je dois aller dormir avant d’attaquer une nouvelle nuit. Lors de mon réveil c’est ultra dur, mon corps s’est mis en mode repos et je n’arrive plus à décoller du lit, je n’ai qu’une envie c’est de dormir jusqu’au lendemain matin. Je divague complètement, mon cerveau est toujours en train de dormir mais j’ai envie de repartir, mon corps est prêt je ne ressens pas de douleur particulière. Je me lève et pars préparer mes sacoches pour repartir. Mes yeux ont du mal à s’ouvrir et je suis dans les nuages, une seule pensée me traverse l’esprit : Que faire ? Je ne ressens rien à part la fatigue, j’ai du mal à réfléchir pour prendre la meilleure décision. J’ai peur d’attaquer cette nouvelle nuit car à
ce moment-là je suis vraiment fatigué et 209km de nuit par 2 degrés s’annoncent, chose que je n’ai jamais faite. Je décide d’appeler mon pote Antoine à 21h en pensant qu’il saura me conseiller car plus lucide que moi. Autrement là, je perds du temps à ne rien faire. Il me conseille de retourner dormir 45min pour éviter de devoir me reposer sur le parcours. Je sais que mon sommeil sera plus récupérateur sur la base de vie. Je m’endors avec la ferme intention de repartir dès mon réveil, je dois passer au-dessus de ce moment compliqué à gérer. A mon réveil, je sens que c’est mieux et que je vais repartir, je me parle à moi-même pour me motiver et ça marche ! Je termine mes sacoches et repars avec mes écouteurs vissés dans mes oreilles playlist electro. Je suis déterminé à terminer ces 209km le plus rapidement possible. Les premiers 100km de la 2 e boucle se font agréablement bien à presque 25 de moyenne et surtout sans aucun coup de fatigue, simplement en écoutant des musiques assez stimulantes.
Arrêt 2h30 – Départ 22h30
KM 600 – 3h00 - Corbie
Je suis au point le plus au Nord de la boucle de 209km et il me reste une centaine de KM. Je suis étonnamment bien, j’avance sans arrêt, j’écoute toutes sortes de musiques de Johnny Halliday à MC Solaar en passant par les Daft Punk.
A ce moment-là je suis stoppé par un barrage de gendarmes, mais ce n’est certainement pas un excès de vitesse ! La route que je dois suivre est barrée car un évènement a lieu ce matin-là et les « bus VIP » arriveront face à moi si je prends la bonne trace. Je ne cherche pas à comprendre. Le gendarme m’indique que je ne passerai pas par là. Sans aucune autre solution, j’appelle le PC sécurité de la course et tombe sur Arnaud (le fondateur des Race Across Series) qui s’explique avec le gendarme. Au bout de 2 min, Arnaud m’explique que je dois prendre une bifurcation pour contourner les routes barrées. Pendant 15km je roule avec le téléphone dans 1 main pour me repérer avec les villes et villages qu’Arnaud m’a indiqué. Ce moment de concentration assez intense pour mon état de fatigue et l’heure à laquelle je roule me coutera un gros coup de barre après « Lamotte Warfusée » le lieu où j’ai repris la bonne trace. Arnaud me passera quelques coups de téléphone pour connaître ma position et savoir si je prends la bonne route car je ne suis pas sûr que j’étais super lucide.
Il est environ 5h du matin, ilfait 0 degré et j’ai subitement hyper froid. A ce moment-là je suis habillé avec un sous maillot thermique, un maillot court, une veste hiver et un coupe-vent. J’ai des gros moments d’absence je n’avance plus (50 km en 3h) et je commence à prendre plusieurs fois le bas-côté car clairement je m’endors ! Je décide de m’arrêter d’urgence au prochain village pour y dormir. Je m’arrête sur le perron d’une église à Guerbigny, j’enfile ma doudoune, mon dernier rempart contre le froid. L’église est fermée alors je reste sur les marches de l’escalier et par manque de lucidité je n’arrive pas à caler mon vélo pour qu’il tienne en équilibre. Le manque de sommeil nous amène à être très lents dans des moments qui sont pourtant très simples. Cet endroit n’est pas idéal car juste au bord de la route. Par 2 fois des voitures passent (pas à 50 km/h) et je comprends vite que je n’ai pas choisi le meilleur endroit pour m’arrêter. Je reprends la route pour m’arrêter une nouvelle fois 10km plus loin à Remaugies où je pose le vélo dans un abri bus et m’endors en 3s, bien content d’avoir trouvé un spot presque idéal ! Je me réveille 9min plus tard plus frais mentalement, la sieste salvatrice!
Je fais les 60 derniers km avec les forces restantes. Le jour se lève pour la 2e fois depuis le début de cette aventure qui a commencé il y a 35h. 2e nuit blanche, c’est toujours assez spécial de voir passer les nuits et les journées sans avoir de coupure pour se régénérer. Je sais qu’une nouvelle grosse journée m’attend et que ce soir-là je serai à Chantilly avec plus de 1000 km au compteur. Tout va bien mentalement, je sais que cette boucle est presque terminée, c’est une question de patience avant que j’arrive à la base de vie. A ce moment-là de la course je n’ai pas regardé une seule fois mon classement ni la carte, assez secondaires pour moi. Je reste focus sur mes sensations

KM 713 Base de vie n°2
Il est 9h15 lorsque j’arrive sur la BV. Je suis très content d’avoir bouclé ce 200km de nuit car je le redoutais. Je suis plus relâché, je prends une douche rapide, bois une soupe et mange tout ce qui passe (formage, saucisson etc). Je file dormir environ 45min. Au réveil je suis bien, prêt pour faire cette dernière « ligne droite » de 314 km et surtout la traversée de Paris avec ces monuments emblématiques. Il fait plutôt bon, entre 12 et 13 degrés mais je garde mon maillot thermique + un maillot court et une veste légère coupe-vent. Avec la fatigue et la vitesse pas très rapide il faut plusieurs couches pour que je reste chaud. Sur une sortie d’entraînement j’aurai été bien trop habillé. Je repars à 11h40 pour cette dernière boucle, fatigué mais serein et confiant pour la suite.
KM 780 – Paris 14H
J’aperçois la Tour Eiffel, c’est un régal car c’est pour moi le symbole de cette course. La circulation est très dense je dois rester concentrer à 100 % pour rester sur la trace et éviter de me perdre. Je longe le bois de Boulogne puis traverse Saint Cloud et Boulogne Billancourt. Les arrêts et redémarrages sont nombreux, ma vitesse est saccadée et j’ai vite mal aux jambes, j’ai hâte de me retrouver sur une route où je pourrai rouler plus tranquillement. Je passe devant les Tuilleries, le Louvre et le bois de Vincennes. Je longe cette fois la Marne en direction de Noisy le Grand. Changement d’ambiance radical et ça fait du bien, cette partie du parcours est plutôt calme. Je décide de ralentir le rythme pour souffler et profiter de l’instant. J’aperçois un autre cycliste de la course en train de faire une sieste, dans l’herbe au soleil, reste alors 220km. Je prends le parti de rouler pendant qu’il fait jour. Les pistes cyclables sont parfois coupées, je dois plusieurs fois descendre du vélo pour passer une barrière et reprendre la trace juste après. Je profite de ce moment pour refaire le plein d’eau dans une fontaine et m’arrêter dans une boulangerie en ayant en tête mon prochain objectif : Château – Thierry. Petite ville dans laquelle j’étais déjà passé sur la Race Across Paris 500 km. La trace n’est pas idéale, il y a plusieurs parties à faire à pied car la piste cyclable se coupe d’un coup ce qui nous oblige à passer par-dessus des barrières de sécurité. La route est usante et vallonnée, ma vitesse est irrégulière car j’essaye de prendre un max de vitesse dans les descentes et lors des montées qui s’enchainent je suis à l’arrêt. Après tout, j’ai plus de 800 km dans les jambes c’est normal. Je suis à moins de 40 km de Château – Thierry, je fais mon ultime arrêt boulangerie à Chezy sur Marne, il est 19h. Je sais que la nuit m’attend une nouvelle fois et je dois faire des provisions, à 19h il n’y pas plus grand-chose à manger. Je décide de manger un croque-monsieur, celui-là est hyper sec, je croque un bout et l’enfonce dans ma sacoche. Il me faut de l’eau pour le manger je verrai ça plus tard.

KM 895 : Château –Thierry 19h50
Je traverse Château-Thierry, le soleil se couche, belle récompense après une grosse journée. Pas de visite touristique, je sais que j’ai encore du dénivelé positif à aller chercher alors je reste concentré. Plusieurs stèles américaines sont là, le passé refait surface, en 1918 l’armée allemande était une nouvelle fois aux portes de Paris. Cette partie du parcours est sauvage et vallonnée, les bosses font entre 1 et 2 km à 5/6 %, la force me manque mais je descends une dent pour les passer avec ce qu’il me reste. Je sais que je suis en train de terminer mon premier gros objectif de l’année, je profite de l’instant, du coucher de soleil et des routes de campagne. Ce n’est qu’une question de temps alors je reste patient.

KM 910 Bois de Belleau – 20H30
Le passage devant ce bois marque mon entrée dans la nuit, je m’habille chaudement et mange le croque-monsieur qui était dans ma sacoche (encore plus sec qu’avant). Je sors mes dernières munitions de mes poches pour les mettre à portée de main dans ma sacoche centrale. Je n’avance plus très vite (21/22km/h de moyenne à ce moment-là) mais je suis décidé à terminer le plus rapidement possible pour éviter une nouvelle longue nuit sur le vélo car je commence à être bien fatigué. Prochain objectif : Compiègne.
La température chute à 2 degrés, le froid me crispe, je commence à avoir mal partout car le revêtement des routes n’est vraiment pas top. Je suis en manque de calories mais j’ai envie de
rien, je me force à manger parfois. Je mange uniquement des gels qui passent plutôt bien mais j’ai toujours le ventre vide. A ce moment-là je sais que je suis dans la dernière ligne droite car j’ai passé l’enchainement des bosses. Il est 23h et je suis à 30 km de Compiègne, je sais que chaque coup de pédale me rapproche de mon objectif, tout est question de patience. Par expérience je sais également que c’est dans ces moments durs que j’élargie ma zone de confort, je me souviens de ce qui m’a amené ici, mes motivations profondes alors je prends mon dernier gel et je fonce droit sur Compiègne.
KM 985 – 51h15 de course – 00h15
J’y suis enfin, non sans mal mais j’ai déjà eu l’impression d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Je ne dois pas trainer car j’ai l’impression que cette nuit est la plus froide de toutes. Je suis alors sur la voie verte Trans’Oise. Cette voie verte est absolument horrible, il y a des travaux partout qui nous obligent à contourner la piste cyclable, les dernières inondations ont apporté des branches et du sable sur la voie et les racines des arbres soulèvent l’enrobé tous les 2m. J’ai mal aux poignets et tout cela n’arrange rien. Je m’énerve tout seul pendant un instant car j’ai l’impression de ne plus avancer et cette partie du parcours peut paraitre très facile sur une sortie de 50 bornes mais avec 1000 km en 52h c’est un calvaire. Je m’arrête une dernière fois au pied d’un arbre, j’enfile ma doudoune car j’ai vraiment froid. J’ai envie de dormir alors je ferme les yeux quelques minutes, je me prépare mentalement pour ces dernières heures, j’accepte les difficultés de la route et je redémarre avec des jambes en béton.
KM 1001 – Verberie – 1h30
Je quitte enfin la Trans-Oise mais arrive quelque chose que je n’avais pas anticipé : Ma lampe frontale n’a plus de batterie. Je fais donc 2/3 km sur une petite route avec des virages avec uniquement la lampe avant de mon vélo qui ne suit donc pas mon regard. Ma vitesse chute et je dois me concentrer pour prendre la bonne trace, je ne vois plus très bien les intersections à gauche et à droite donc je fais quelques zigzags pour que ma dernière lampe éclaire les changements de direction.
KM1003 – Début du Contre la montre
10 min après ma lampe frontale c’est ma lampe de vélo qui se met en mode réserve, elle me laisse droit à 150 lumens et je ne sais pas combien de temps cela va durer. Plutôt serein je m’arrête pour brancher ma lampe sur ma batterie externe pour qu’elle se recharge, sauf qu’elle s’éteint tout de suite. J’apprends alors que je ne peux pas recharger ma lampe alors qu’elle fonctionne. Je n’ai pas envie de terminer avec mon flash de téléphone sur ces 25 derniers km alors je mets toutes mes forces dans la bataille. Ce pic de stress me fait oublier mes douleurs et je pars tête baissée. Je passe la dernière bosse à fond (180w pour les adeptes de puissance). Je me retrouve sur une grande route, il est environ 1h30 du matin et des véhicules circulent. Le temps qu’ils passent à ma hauteur je ne vois pas très bien la route car leurs phares m’éblouissent, la puissance de ma lampe n’est plus assez forte pour éclairer correctement. Les 20 derniers kilomètres sont plutôt en profil descendant, je suis dans les derniers instants de cette Race Across. Je traverse Senlis puis longe la forêt de Chantilly que je reconnais. Je la traverse, j’ai vraiment hâte d’arriver car je n’en peux plus, je n’ai pas pris le temps de mettre mes gants plus chauds et j’ai vraiment froid aux mains, je le ressens de plus en plus. J’arrive sur la route menant au château de Chantilly avec ses routes pavées. J’arrive dessus en souriant car je sais que je prendrai le petit chemin blanc qui longe les pavés pour éviter de rouler dessus. Je reconnais les routes il me reste 1km. Je savoure l’instant mais l’envie
d’arriver et de prendre une douche chaude et surtout d’aller dormir est plus forte.
Je passe à l’endroit où sera le départ pour le 500km. J’arrive enfin à la base de vie et je suis applaudi par Arnaud qui a vu que j’arrivais. Il est presque 3h du matin. J’y suis, j’ai terminé cette course, je ne réalise pas encore car j’ai vraiment besoin de me reposer après 53h de course et 2h30 de sommeil. Je savoure quelques instants en regardant les différents messages d’encouragements reçus auxquels je n’ai pas répondu mais mon corps pense autrement, je m’endors ! Plusieurs fois sur mon téléphone alors que je suis en train d’écrire. Je file me coucher, enfin, plus de 45 min.


Les stats :
- 1029km
- 43h32 sur le vélo (53h42 total)
- 8812m de D+
- 23,7 km/h de moyenne
- Température moyenne : 8°
- Environ 140 000 coups de pédale