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Le Dernier Homme Debout

LDHD 2025 - Château Chinon

16 mars 2025

Le 25 janvier, j’ai pris part à une course au format original : enchaîner un maximum de tours sur un circuit de 7 km avec 320 m de D+, en moins d’une heure par tour. Voici mon retour sur cette rando gourmande.

Deux stratégies s’offraient à moi :

  1. Boucler chaque tour rapidement afin de profiter d’un ravitaillement et d’un temps de récupération plus long.
  2. Adopter un rythme plus lent pour limiter l’intensité, au risque d’avoir un temps de pause réduit sur la base.

J’ai opté pour la seconde approche.

La préparation

J’ai débuté ma préparation début septembre, soit cinq mois avant l’échéance. Malgré plusieurs années de triathlon derrière moi, j’ai eu l’impression de repartir de zéro. Les premières semaines ont été mentalement et physiquement difficiles, tant mon niveau semblait éloigné de celui d’avant.

J’ai donc pris le temps de réhabituer mes muscles à la course à pied en commençant par des sorties courtes (+/- 5 km), répétées plusieurs fois par semaine. Progressivement, j’ai augmenté mon volume jusqu’à mes premières courses de préparation : deux trails de 15 km et un de 26 km.

Par la suite, j’ai intégré des sorties plus spécifiques, avec un trail en off de 53 km et 2 000 m de D+, suivi d’un autre de 45 km et 1 900 m de D+, réalisé deux semaines avant l’épreuve. Ces blocs d’entraînement m’ont permis de développer mon endurance musculaire et de me rapprocher de la barre mythique de 100 km sur LDHD.

L'avant course

Mentalement confiant et physiquement prêt, j’avais hâte de me lancer dans cette course, un format inédit pour moi.

Comme pour un ultra à vélo, j’ai anticipé tous les scénarios, en particulier la météo. J’ai donc prévu une tenue adaptable : vêtements chauds et légers, chaussettes de rechange, maillot, sous-maillot, pantalon, gants, bonnet et veste de pluie.

Côté hydratation, j’ai opté pour des boissons isotoniques, notamment celles de la marque Effinov, afin d’assurer un bon apport en sels minéraux. Pour l’alimentation, j’ai privilégié le fait maison : un gâteau au chocolat riche en calories, un cake, ainsi que quelques barres et gels faciles à emporter.

Tout est prêt. Je me mets dans le bon état d’esprit, avec l’envie de découvrir ce format et de prendre du plaisir. Le reste suivra.

La course

Le premier tour doit être bouclé en 1h10 maximum, un délai allongé de 10 minutes pour anticiper les éventuels embouteillages dans les premiers passages sinueux. J’opte pour une marche rapide et termine en 1h06, sans précipitation.

Les deuxième et troisième tours servent à prendre mes repères sur le parcours et établir des temps de passage sur des points clés, comme la mi-parcours ou le bas de la longue montée. La météo est étonnamment clémente : en short et t-shirt en plein mois de janvier, les conditions sont agréables. Mais la fin du troisième tour marque un tournant brutal : pluie, 7 degrés, rafales de vent à 40-45 km/h. La température chute, il faut s’adapter. Je prends quelques minutes pour enfiler ma veste, me sécher un minimum, m’alimenter et repartir pour le quatrième tour.

Les quatrième, cinquième, sixième et septième tours se déroulent sous une pluie battante, mais ce n’est pas le plus difficile. Le terrain se transforme à chaque passage : nous sommes environ 200 coureurs solo, plus les relais, soit près de 300 participants au départ. Tour après tour, les appuis deviennent plus précaires. Une trace sèche au tour précédent devient boueuse au suivant, certaines portions se transforment en véritables bains de boue jusqu’aux chevilles. Il faut avoir le pied léger. Les racines émergent à mesure que le sol se creuse, et avec la nuit tombée, la frontale devient indispensable. Chaque pas demande une concentration maximale : analyser le terrain, anticiper où poser le pied… et parfois, c’est une loterie. Les chevilles doivent encaisser.

À la fin du septième tour, une douleur familière apparaît : un début de syndrome de l’essuie-glace. Rien de dramatique, mais c’est douloureux. Je prends quelques secondes pour relâcher la tension musculaire. Mentalement, je suis encore bien, je repars.

Au huitième tour, la douleur devient plus vive. Dans les descentes, je suis contraint de marcher pour la limiter, ce qui m’oblige à compenser en accélérant dans les montées, dépensant plus d’énergie. Je termine en 58 minutes, ce qui me laisse peu de temps pour tenter d’apaiser la douleur. À 21h01, je me relance pour le neuvième tour… avec déjà une minute de retard sur la limite. L’intensité de la douleur diminue légèrement, mais reste bien présente. À mi-parcours, j’accuse 1min30 de retard, puis 3 minutes dans la dernière montée. Mon dernier pointage n’est pas bon : je sais que je ne pourrai pas finir dans le temps imparti.

Plutôt que de forcer inutilement, je décide de marcher jusqu’à l’arrivée. Je boucle mon dernier tour en 1h07. La course s’arrêtera là pour moi.

Résultat final : 63km - 8h51 - 2900m de D+

Je reste assez loin de mon objectif des 100 km, mais je n’ai aucun regret. J’ai tout donné ce jour-là, dans des conditions climatiques particulièrement exigeantes.

Pour l’anecdote, le vainqueur bouclera son 24ᵉ et dernier tour en 39 minutes. Impressionnant !

Astuce :

Sur cette course, avant chaque retour à la base, j'avais quatre mots en tête pour rester efficace et lucide :

  • Eau : M’assurer de bien boire et remplir ma flasque.
  • Calorie : Recharger mes poches en barres, manger un morceau de cake ou de gâteau pour maintenir mon niveau d’énergie.
  • Froid : Faire un scan corporel rapide pour détecter d’éventuelles zones de refroidissement et adapter ma tenue (ajouter une couche, mettre un bonnet ou des gants).
  • Pied : Vérifier l’état de mes pieds, changer de chaussettes si nécessaire et appliquer de la crème anti-frottement.

Un rituel simple mais essentiel pour rester dans la course.